Le 5 août 1944 la ferme En Tel commune de Lautrec était en plein travail de battage. Un groupe de maquisards était venu leur donner un coup de main. Probablement avertis de la présence de maquisards les allemands arrivent, rassemblent femmes et enfants dans la maison, et les hommes dehors.
On entend des coups de feu. Au départ des allemands on découvre 2 morts et 2 blessés. Adrien Seguier agriculteur qui conduisait des bœufs a été tué ainsi qu’un maquisard Marc Lucien Schmit. Les 2 maquisards blessés seront soignés dans les fermes aux alentours. Un quatrième maquisard emmené par les allemands sera relâché, ignorant que c’était un résistant.
Le 1er septembre 2025 la famille s’est rassemblée auprès de la stèle privée érigée pour perpétuer la mémoire de leur ancêtre abattu par les allemands 81 ans plus tôt. La fille d’Adrien Séguier, Thérèse âgée de 12 ans au moment du drame nous raconte cette triste journée:
» Le jour de ma communion solennelle, le 25 juin, nous étions tous les quatre : Maman, Papa, Annette et moi, réunis sur une photo pour la dernière fois. En ce mois d’août les Allemands occupaient encore la France et le maquis s’était formé dans les montagnes. On sentait la fin proche, grâce au général De Gaulle, mais il ne fallait pas faire d’imprudence, il y avait partout la milice et des dénonciateurs (pour de l’argent le plus souvent). C’est ce qui s’est passé à Lautrec. Le vendredi 4 août, la machine qui devait dépiquer le blé à Entel se trouvait à la métairie du Mas sous Lautrec. Là 6 jeunes du maquis se sont joints à l’équipe des voisins pour travailler au sol et le soir ils se sont renseignés où allait la machine pour la suivre, ce n’était un secret pour personne alors ils ont dit : à demain. Quelqu’un de malfaisant l’a su et s’est empressé de la dénoncer. Lorsque mon grand-père d’Entel a su qu’il y aurait des jeunes du maquis, il a craint le pire. Comme mon autre grand-père : Auguste faisait de la politique, on m’a envoyé le soir dire à Papa qu’il serait préférable qu’il vienne seul. Je suis partie tard d’Entel, à pied, pour faire la commission et en arrivant au jardin, j’ai rencontré mon grand-père Auguste et je lui dis : ce n’est pas la peine que tu viennes, ils sont assez nombreux car il y a des jeunes du maquis. J’ai aperçu mon père au bout de pré qui conduisait une génisse avec une corde car c’était sa première sortie au pâturage. Je ne l’ai pas attendu et suis repartie en courant pour avoir le plaisir de dormir par terre avec des amies. J’ai su par la suite que mon père a tout de suite redouté cette journée et comme il fallait démarrer la machine, car il y avait des gerbiers à deux endroits différents, il a décidé de la déménager à midi car d’après lui, les Allemands dînent à midi.
Donc le matin du samedi 5 août, j’ai vu descendre du bois 6 jeunes et je suis allée de suite à la cuisine l’annoncer. Cela a mis tout le monde dans l’angoisse. Je les ai vus très jeunes, moyennement costaude, sauf un plus petit. En arrivant, ils ont déposé leurs armes devant le hangar, face à la maison, bien en vue, ce qui m’a effrayé. L’un des jeunes a charrié des sacs sur le dos avec mon père et il allait les vider dans le grenier, à l’intérieur de la maison, au bout de l’escalier. Tandis que je les regardais travailler, ils étaient plusieurs à cette corvée, les plus forts, je tenais ma petite sur Annette par la main pour la main pour la surveiller car elle n’avait que 5 ans ; les voisins plaisantaient mon père car moi j’étais brune et elle blonde et il leur répondait ; l’une est du jour, l’autre de la nuit. J’aide à mettre la table, je me promène et vers midi le repas était prêt, on arrête la machine, tout le monde se rassemble et à tour de rôle va se laver les mains au bout de l’étable à un robinet extérieur.
Tout à coup, j’entends le plus jeunes du maquis qui cri «les fritz». Alors tous les six partent en courant, laissant toutes les armes, je les vois encore sautant un tas de sable et disparaissent. Ma grand-mère qui se trouvait dehors a de suite pensée aux armes, elle les a toutes récupérées dans son grand tablier pour aller les enfouir dans le grain entassé. J’ai su plus tard qu’elle venait de sauver tout le monde. Pour mieux nous surprendre, les Allemands étaient arrivés en camion, au point mort, et ont encerclé la maison. Tout le monde était affolé. Les femmes somment parties nous réfugier à l’intérieur dans la cuisine, je me trouvais dans la salle à manger avec ma tante Lisette qui portait Michel qui n’avait que quelques mois, dans ses bras, lorsque 2 ou 3 coups de feu ont retenti. On a pensé qu’il y avait des morts et toutes les femmes se sont mises à prier, les genoux appuyés à une chaise. Dehors les Allemands ont rassemblé tous les hommes dans la cour, des jeunes s’étaient glissés entre des troncs d’arbres qui se trouvaient à proximité, Monsieur Ginestet, le patron de l’entreprise, se trouvait sur le batteur et s’y était caché. Voyant encore une femme, c’était Madame Célaries, les Allemands lui ont ordonné de rentrer à l’intérieur de la maison avec ses deux enfants : Hervé et Nénette. Ne trouvant pas de résistance, les Allemands n’ont plus tiré, mais ils doutaient de tout le monde. Donc les femmes toutes enfermées dans la cuisine, 2 Allemands face à face, nous barraient la porte. Pendant ce temps ils fouillaient partout dans la maison, on entendait à l’étage des tiroirs qu’on jetait à terre, ils ont volé tous les bijoux.
A l’extérieur, ils ont fait circuler tous les hommes 2 par 2, les bras en l’air. Ils cherchaient toujours les maquisards, ils ont vérifié les chaussures, plutôt les semelles, je ne sais pourquoi ; un voisin a voulu répliquer, il a reçu un coup de poing sous le menton. Parmi, se trouvait un juif qui, à l’approche des Allemands a enfilé des sabots et s’est mis à faire l’idiot, heureusement pour lui. Le chef est entré dans la cuisine demander du feu pour allumer sa cigarette alors ma grand-mère lui a pris la manche en lui disant : ce sont tous des voisins, si vous ne le croyez pas, allez à la mairie, et elle lui a donné une boite d’allumettes qui se trouvait sur le coin de la cheminée. Pendant qu’on l’observait, ses soldats avaient mis dix jeunes le dos au mur et en face dix allemands qui attendaient le signal, ils allaient être fusillés ; alors le chef est sorti en courant et les a arrêtés.
A Combaléouse, Léon s’était fait remplacer par un réfugié alsacien qui comprenait l’allemand. Voici ce qu’ils avaient décidé : tous les hommes fusillés et les femmes brûlées vives dans la maison. Ils n’ont pas voulu repartir les mains vides, ils ont fait charger un gros cochon, un veau et nous ont pris les corbeilles de volailles, ils ne nous ont rien laissé et ils ont fait monter dans le camion des jeunes. Elia Fonvieille est sorti car elle avait aperçu par la fenêtre qu’ils faisaient monter Raoul, elle les a suppliés qu’on lui rendre son fils, ils se sont concertés et, finalement, Raoul est redescendu mais elle a prévenu Lisette que son mari et son frère étaient dans le camion, à son tour elle a supplié les Allemands et eux aussi sont redescendue du camion. Finalement ils ont emmené Léonce Ginestet et un jeune du maquis sans le savoir évidemment. C’est à Réalmont qu’ils ont été relâchés.
De derrière les carreaux de la cuisine on voyait ce qui se passait et Maman se plaignait qu’elle n’avait pas vu Adrien. Dès que les Allemands ont été partis elle est sortie le chercher, où est-il ? J’étais dehors moi aussi en me posant la question ; il s’est caché dans le poulailler, lui a-t-on répondu, mais il n’était pas là. Alors j’ai entendu ce qu’on dit dans ces cas-là : « il n’as pas souffert » Le premier coup de feu était peut-être pour lui. Il se trouvait tenant l’aiguillon devant les boeufs, près de son beau-frère Elie quand un Allemand s’est planté devant eux en les visant, surpris mon père a fait peut-être un petit mouvement, c’est dans son dos qu’un autre Allemand a tiré. Il a été touché au fond de la colonne vertébrale et la balle est ressortie au fond du ventre. Il s’est écroulé, alors mon oncle a essayé de le secourir et il a pu recueillir seulement ses derniers mots : « petit Jésus, pardonnez-moi tous mes péchés, petit Jésus je vous aime ». Les autres coups de feu ont touché trois jeunes du maquis qui étaient bien en vue en croyant aller se cacher à la Micallié, l’un a été tué celui qui charriait les sacs de blé, et les deux autres ont été touchés aux jambes.
De derrière les carreaux de la cuisine on voyait ce qui se passait et Maman se plaignait qu’elle n’avait pas vu Adrien. Dès que les Allemands ont été partis elle est sortie le chercher, où est-il ? J’étais dehors moi aussi en me posant la question ; il s’est caché dans le poulailler, lui a-t-on répondu, mais il n’était pas là. Alors j’ai entendu ce qu’on dit dans ces cas-là : « il n’as pas souffert » Le premier coup de feu était peut-être pour lui. Il se trouvait tenant l’aiguillon devant les boeufs, près de son beau-frère Elie quand un Allemand s’est planté devant eux en les visant, surpris mon père a fait peut-être un petit mouvement, c’est dans son dos qu’un autre Allemand a tiré. Il a été touché au fond de la colonne vertébrale et la balle est ressortie au fond du ventre. Il s’est écroulé, alors mon oncle a essayé de le secourir et il a pu recueillir seulement ses derniers mots : « petit Jésus, pardonnez-moi tous mes péchés, petit Jésus je vous aime ». Les autres coups de feu ont touché trois jeunes du maquis qui étaient bien en vue en croyant aller se cacher à la Micallié, l’un a été tué celui qui charriait les sacs de blé, et les deux autres ont été touchés aux jambes.
De derrière les carreaux de la cuisine on voyait ce qui se passait et Maman se plaignait qu’elle n’avait pas vu Adrien. Dès que les Allemands ont été partis elle est sortie le chercher, où est-il ? J’étais dehors moi aussi en me posant la question ; il s’est caché dans le poulailler, lui a-t-on répondu, mais il n’était pas là. Alors j’ai entendu ce qu’on dit dans ces cas-là : « il n’as pas souffert » Le premier coup de feu était peut-être pour lui. Il se trouvait tenant l’aiguillon devant les boeufs, près de son beau-frère Elie quand un Allemand s’est planté devant eux en les visant, surpris mon père a fait peut-être un petit mouvement, c’est dans son dos qu’un autre Allemand a tiré. Il a été touché au fond de la colonne vertébrale et la balle est ressortie au fond du ventre. Il s’est écroulé, alors mon oncle a essayé de le secourir et il a pu recueillir seulement ses derniers mots : « petit Jésus, pardonnez-moi tous mes péchés, petit Jésus je vous aime ». Les autres coups de feu ont touché trois jeunes du maquis qui étaient bien en vue en croyant aller se cacher à la Micallié, l’un a été tué celui qui charriait les sacs de blé, et les deux autres ont été touchés aux jambes.
Les quelques minutes qui ont précédé ont été les plus longues de ma vie. Tandis que tout le monde priait, je demandais : quand partiront-ils ? Le soulagement de les voir partir n’a pas duré longtemps. Maman ne pouvant contenir sa peine, on l’a conduit dans une chambre, on est venu me chercher à mon tour, mais je m’étais cramponnée à la table de la cuisine, on m’a pris de force près de Maman avec ma petite soeur. Nous avons eu toujours quelqu’un près de nous à essayer de nous consoler « si le Bon Dieu l’a rappelé, c’est qu’il était prêt ». De la fenêtre je voyais tout le monde repartir à travers champs, la fourche sur le dos, ensuite les gendarmes, le docteur Delga et son fils François Delga, le curé Mr Ruffel à Lautrec depuis 1941. L’enterrement a eu lieu le lundi matin. En sortant du cimetière tout le monde s’est dispersé aussitôt parce qu’il ne fallait pas de rassemblement. En effet une colonne d’Allemands passait, elle s’est arrêtée au poids public pour contrôler leur itinéraire de route et de nombreux camions bâchés ont défilé avec leurs hommes à moitié « endormis ». C’était le début de leur fin. »
Thérèse ALBERT, née SEGUIER

Les 2 hommes abattus par les Allemands le 5 août 1944 : Adrien Séguier 37 ans et Marc Lucien Schmit 18 ans.
Photos Alain Salvan -Castres



